LONG COURRIER #5: La raison et le virus "Nous ne l’avions pas fait jusqu’ici. Aborder frontalement le sujet de la pandémie. Paradoxal, pour un média de crise, né de cette crise en l’occurrence. Mais nous avons imaginé ce rendez-vous comme une fenêtre sur le monde, avec l’envie de décentrer légèrement le regard."
 
Long Courrier
 
LONG COURRIER #5 : La raison et le virus
2 mai 2020
 
Long Courrier est la première newsletter d'information internationale bilingue éditée en français et en anglais.
 
 Au sommaire 
ÉDITO
    "Trace du temps présent", par Laura-Maï Gaveriaux
* CORRESPONDANCE POUR LA NORMANDIE
    Conversation avec Gaspard Koenig
    "Philosophe en confinement", par Joshua Neicho
* LIBRE PROPOS
    "La vague", par Catherine Rolland
* MAGAZINE 
    "Héros pour la science : 
    au coeur de l'Institut Pasteur" par LM Gaveriaux
* REVUE DE MONDE
    Une sélection signée LM Gaveriaux
Trace du temps présent
Édito, par Laura-Maï Gaveriaux
 
 
 
Nous ne l’avions pas fait jusqu’ici. Aborder frontalement le sujet de la pandémie. Paradoxal, pour un média de crise, né de cette crise en l’occurrence. Mais nous avons imaginé ce rendez-vous comme une fenêtre sur le monde, avec l’envie de décentrer légèrement le regard.

Et puis lors d’une conversation sur les numéros à venir, nous nous sommes interrogés sur ce qui faisait notre identité. Notre ligne éditoriale, mais surtout notre ton. Il nous est apparu que depuis un peu plus d’un mois maintenant, numéro après numéro, ce que nous somme en train de faire relève presque autant du témoignage sur l’époque, que du journalisme. Nous vous avons emmenés en Russie, en Tunisie, en Guinée, et jusque sur une planète très cosmopolite qu’on appelle « Jazzland ». A chaque fois, nous vous avons raconté une histoire, des rencontres, quelque chose d’un peu fondamental sur la façon dont vivent les gens. Le virus, s’il n’est pas au centre du propos, apparaît toujours –forcément.

Si dans dix ans, les archives de Long Courrier sont consultées, on y trouvera une trace de ce moment tragique que nous vivons, mais étonnant, à bien des égards. Une trace du temps présent.

C'est toujours avec le souci du pas de côté que j’ai souhaité mettre le Covid au sommaire de ce numéro. Pour le résumer comme on titre les fables : « le philosophe, le chercheur et le romancier dans la crise ». Avec une question comme fil rouge : celle de la raison. Non pas le sujet qui tombe à l’agreg de philo. Mais la raison comme expérience vécue.

Et si nous prenions le temps de ce Long Courrier, pour simplement… réfléchir à ce qui nous arrive ?
 
Laura-Maï Gaveriaux est grand-reporter et la Rédactrice en chef de Long Courrier
 
Henry Grimes Quartet par Henry Tisue
CORRESPONDANCE POUR LA NORMANDIE
 
Une conversation avec Gaspard Koenig
« Philosophe en confinement » 
Par Joshua Neicho
 
Gaspard Koenig se délecte de son enfermement. Dans Ralentir, son court essai sorti dans la série des « Tracts de crise » chez Gallimard, le philosophe et fondateur du think tank libéral « GenerationLibre », décrit le passage soudain du vacarme habituel de sa vie, aux joies inattendues de l’oisiveté. Il s’y découvre plus productif que jamais.

MONTAIGNE, DE GAULLE, ET LE PESTO D’ORTIES

« Pendant un confinement, que peut faire un écrivain sinon écrire ? » me dit-il, depuis la Normandie, lors d’un appel WhatsApp. Il imagine ses amis dramaturges, qui auraient à composer des personnages dans un tel contexte, où tout semble surréaliste… et par comparaison, considère l’exercice de l’essayiste « relativement simple ». Il passe du temps avec ses enfants, se lance dans des recettes de cuisine originales (il recommande le pesto d'orties), lit les Essais de Montaigne, les mémoires de Charles De Gaulle, et converse avec ses amis plus qu’il ne l’avait jamais fait.

Dans Ralentir, il remet en question la conception consumériste de la liberté, et passe au crible celle de la vie comme multiplication infinie de possibilités, ou d’opportunités. Il revient à cette idée classique de la liberté comme le fait de vivre en accord avec soi-même, nous émancipant de l'impératif utilitaire qui domine les sphères du gouvernement et des affaires. Confinés, nous avons l’occasion de reprendre le contrôle sur notre journée, de moins nous soucier des fins pour nous interroger sur les moyens.

 
RESTER RATIONNEL EN TEMPS DE CRISE

Koenig estime ne pas être le mieux placé pour se prononcer sur la question de savoir comment rester rationnel en temps de crise. Notamment face à la prolifération des fake news –cela fait quelques années qu’il a quitté les réseaux sociaux. Mais il constate aussi, et paradoxalement, un retour plutôt rassurant du public aux médias traditionnels. En France, les grands titres enregistrent une augmentation des abonnements et du trafic en ligne, démontrant que les gens sont en quête d’informations fiables. Il note que la pandémie a secoué l’opinion dans son rapport aux experts. « Nous nous sommes beaucoup trop tenus aux injonctions de certains d’entre eux », alors que les mesures de confinement sont des décisions politiques. Et les dommages collatéraux sont parfois terribles ; par exemple, pour ces patients cancéreux qui se retrouvent sans traitement dans l'établissement où exerce son cousin radiologue.

« Je ne veux pas sous-estimer la gravité du virus », insiste-t-il, « mais je ne veux pas non plus rester sourd à l'argument de la proportionnalité » qui d’après lui, n'aurait pas été assez relayé. « Outre l’impact économique, il y a l’empiètement sur nos libertés fondamentales. Or dans une démocratie, il faut prendre des risques, l’enjeu étant surtout l’acceptation sociale de celui-ci. »
 
Il oppose l'approche actuelle dans l’Hexagone à celle qui avait prévalu lors de la grippe de Hong Kong en 1969 : « on l’avait considérée comme un simple fait de biologie ». Il moque les sorties du Ministre de l'intérieur français, paraissant considérer « qu’en matière de restrictions aussi, la République est indivisible. Mais plus on a de liberté pour expérimenter, plus on est capables de réagir à une crise ». Et de saluer les initiatives dissidentes du Professeur Didier Raoult. Il est, de même, plutôt partisan de la politique initiale des Britanniques : « avec les mêmes données et la même culture scientifique que nous, ils sont passés par une phase d’analyse coûts-bénéfices solide sur les mesures de restriction. » Même si un verrouillage était inévitable à terme.
 
OBSESSION FRANÇAISE DE LA CONTRAVENTION

Avec un brin d’ironie, il note les différences entre le confinement français, et celui outre-Manche. « L'approche micro-gérée, centralisée de la France », et l’obsession de la contravention, ont surtout produit de la défiance et des tensions sociales. L’administration Macron a fait preuve, selon lui, d'un manque de respect singulier pour les libertés civiles. Tout en faisant de l’hostilité à une éventuelle application de tracking une pétition de principe, alors que le public britannique ne s’en inquiète pas plus que ça. Il évoque aussi le décalage entre le discours du Président vantant les vertus des Français dans leur résistance à la crise, alors qu’il les a trouvés, au contraire, « tellement égoïstes ». Enfin, la Grande-Bretagne a connu ses promeneurs en goguette à recadrer. Mais là-bas, « c’est par la pression sociale qu’une discipline s’est imposée, pas par le gouvernement-policier ».

Koenig admet que faire de Montaigne, l’aristocrate fièrement oisif, un héros du vrai libéralisme, n’est pas forcément intuitif. Mais dans Ralentir, il plaide pour son idéal de la vie à pas lent, parce qu’elle est inclusive et accessible. Il fait le lien avec son attachement de longue date à un revenu universel de base (RUB), défendu tout au long de l'histoire par des personnalités aux appartenances idéologiques diverses, allant de Thomas Paine à Milton Friedman. Selon lui, l’idée tient désormais une place prépondérante au centre du spectre politique.
 
Tandis que certains commentateurs, pourtant pro-RUB, estiment le moment mal choisi pour une telle réforme, parce qu’une relance massive de l’économie exige une augmentation du volume de temps travaillé, Gaspard Koenig tient sa ligne. Et préfère souligner que « l'automaticité d’un revenu de base aurait été un atout considérable dans cette crise ». Il estime son adoption comme quasi inévitable, parce que c’est « une évolution naturelle », et note qu’il est à l’agenda du Congrès en Inde. Ou encore qu'Hillary Clinton l’avait pratiquement inclus à son programme de 2016. Il a co-signé, avec Valérie Petit de La République En Marche, une tribune proposant un RUB sous forme de crédit d'impôt, financé par une taxe forfaitaire. Le dispositif serait indolore pour les finances publiques françaises.
 
 DISTANCE SOCIALE… AU TROT

C’est assez paradoxal de la part de Koenig, de critiquer les arguments en faveur du confinement, alors que d’en faire l’expérience lui a fourni comme une confirmation de son libéralisme. Le philosophe s’est d’ailleurs illustré précédemment par ses escapades intellectuelles : il a sillonné les cinq continents pour mettre ses théories à l’épreuve des faits, et des rencontres, en tirant deux essais remarqués. Pourtant, il prend désormais son parti d’une nécessaire restriction des déplacements. « Si les voyages à bas prix ralentissent et que les prix augmentent, ce sera mieux pour tout le monde. La plupart des pays se ressemblent à première vue : mêmes aéroports, mêmes Ubers et hôtels de luxe. Si nous voyageons moins, mais de manière plus consciente, les identités culturelles seront d’autant plus fortes. »

Il lui reste bien un prochain projet d’expédition, qu’il prépare depuis un certain temps. Il a appris l’équitation en Normandie, pour retracer, au plus près, le voyage initiatique de Montaigne en 1580 à travers la France, la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie. Son départ est programmé pour le 22 juin, soit exactement 440 ans après que Montaigne eut quitté son château. Gaspard Koenig se réjouit déjà des échanges qu’il aura sur son parcours, certain que le fait de se déplacer de cette façon suscitera la curiosité.

D’autant qu’il ne s’ennuie jamais à cheval, alors qu'un trajet de 15 minutes en métro avec un smartphone à la main l’agace profondément – la différence, dit-il dans Ralentir, c'est qu’une balade en méandres fait de chaque pas une fin en soi.
 
Peut-être devrions-nous tous, après la crise, envisager la distance sociale au trot pour illuminer nos mornes trajets quotidiens…

Gaspard Koenig, Ralentir, coll. Tracts de crise, chez Gallimard, 2020
Joshua Neicho est un journaliste indépendant basé à Londres
 
Credit : Guillaume Perret - Agence Lundi 13
LIBRE PROPOS
 
"La vague"
Par Catherine Rolland
 
Photo : Guillaume Perret - Agence Lundi 13
 
 
 
Evan a choisi la thématique guerrière. Option la plus fréquente, au moins chez les garçons. Sur la moitié de la feuille A4, une énorme boule rose hérissée de piquants violets figure le virus, combattant à l’épée un soignant petit mais vaillant, dont on ne veut pas douter qu’il sortira victorieux de l’affrontement.

Léa, elle, a donné dans le réalisme. Elle a dessiné une chambre d’hôpital, un lit vide. Elégamment vêtue d’une robe bleue que l’artiste a décorée de dizaines de cœurs minuscules, la patiente pimpante salue le docteur. « Merci, grâce à vous, je suis guérie », dit la bulle au-dessus de sa tête.

Khalid a fait un collage, les lettres du mot MERCI patiemment reconstituées avec des fleurs multicolores en papier-crépon. Lucie, un arc-en-ciel. Svetlana, un cœur qui sourit.

Art naïf, douces preuves d’amour égayant les murs gris, tristes, des urgences, comme les ex-voto dans la nef d’une cathédrale.

Qui sont Evan, Léa, Khalid et les autres ? Des fils et filles de soignants ? De malades ? On n’est pas sûr de vouloir savoir. On préfère penser qu’on ne les connaît pas plus que les dizaines d’anonymes qui envoient, tous les jours, des gâteaux, des pizzas, du chocolat. On sortira de ce foutoir en ayant pris dix-huit kilos, c’est à peu près certain. Mais savoir que, dehors, il y a des gosses qui dessinent, des pâtissiers qui mélangent, qui pétrissent, et des milliers de mains qui, chaque soir, applaudissent en pensant à nous, forcément, ça bouleverse.

Ici, tout a changé.

L’hôpital, peu à peu, est devenu bunker. Les entrées sont filtrées par des gardes en uniforme, on ne circule pas sans badge, encore moins sans masque. Toutes les visites aux patients ont été proscrites, les accompagnants sont tout juste autorisés à déposer leur malade dans le sas des urgences puis on les fait déguerpir, et on les laisse se démerder avec l’attente et la peur de ne pas savoir.

L’angoisse infiltrait les deux camps, au moins les premiers temps.

On était sur la plage, on guettait l’horizon. On attendait la vague, ce putain de tsunami qui avait déjà balayé la Chine, et l’Italie. On savait qu’on allait se le prendre en pleine gueule, on savait juste pas quand. On a activé les cellules de gestion de crise, annulé les congés, repensé tous les services. Les cardiologues, les rhumatos ou les orthopédistes se sont improvisés spécialistes en Infectieux, pneumologues. On s’est mis en ordre de bataille, avec la motivation inquiète qu’ont les troupes de première ligne quand elles sentent que, dans la tête de leurs chefs, les plans d’attaque ne sont pas si au point que ça.

Il faut dire que cette guerre-là, on ne la connaissait pas. On n’avait pas les codes, ni le mode d’emploi. Des patients qui respiraient très bien malgré une radio dégueulasse, d’autres qu’on renvoyait chez eux avec tous les paramètres au vert, prise de sang, imagerie et taux d’oxygène impeccables, pour les voir revenir en SMUR deux heures plus tard au stade de l’intubation, on en a vu passer beaucoup…

On a tâché de s’adapter. On a tâché de comprendre. Pour bien faire, pour être tranquille, il aurait fallu tous les hospitaliser avec l’oxygène et le respi pas trop loin, juste au cas où… Mais parce que ça, c’est pas possible, on garde seulement les vraiment graves et les autres, on les renvoie chez eux, en croisant fort les doigts.

Ce n’est pas complètement satisfaisant, pas simple non plus. Mais c’est comme pour tout… après un moment, même au pire, on s’habitue. On les accueille, on les réconforte, on les soigne et quelquefois même, on les guérit.

Tout a changé. A moins que, dans le fond, tout ne soit comme avant.

Ici on n’est pas à Mulhouse. Pas à Bergame ou dans le Val d’Oise. On garde l’œil sur l’horizon, on guette au loin le moutonnement léger de la mer, l’écume de surface, qui annoncera la vague. On est prêts. Mais jusqu’ici, le tsunami n’est pas venu. Bien sûr, des patients-Covid, on en reçoit tous les jours. On est de plus en plus à l’aise, de moins en moins tendus. On ne comprend toujours pas, mais on s’habitue.

Sûr que le chevalier d’Evan, l’arc-en-ciel de Lucie, les stocks de gâteaux faits maison et puis toi qui applaudis, ça aide à faire le job.

Pour le reste, on improvise. Et franchement, on s’en sort pas si mal.
 
Catherine Rolland est romancière et médecin urgentiste à l’hôpital de Neufchâtel, en Suisse où elle vit avec sa famille
 
Institut Pasteur - François Gardy
MAGAZINE
 
"Héros pour la science : au coeur de l'Institut Pasteur"
 
Par Laura-Maï Gaveriaux
 
Photo :François Gardy - Institut Pasteur
 
 
Rarement la recherche scientifique n’aura été autant scrutée, porteuse d’espoirs probablement démesurés, mal comprise, manipulée parfois. Au cœur de la décision politique, et de la délibération publique. Inédit, aussi, le fait que la majorité, si ce n’est la totalité des laboratoires de recherche médicale dans le monde sont mobilisés sur un seul et même sujet, que ce soit pour trouver un remède au SARS-CoV-2, ou développer un vaccin. Lequel serait d’ailleurs le seul véritable espoir pour endiguer cette pandémie, une opinion qui fait de plus en plus consensus.

A fortiori depuis que l’Institut Pasteur a publié la première étude sérologique (à la recherche d’anticorps) en France, le 23 avril dernier, qui montre que le taux d’immunité de groupe par infection naturelle suffisant pour casser la chaîne de transmission du virus ne sera probablement pas atteint avant un long moment. « La seule solution, en l’état de nos connaissances, c’est l’immunisation par vaccination de 60 à 70% de la population mondiale », selon le Pr. Frédéric Tangy, qui dirige le laboratoire Innovation vaccinale.
 
COURSE CONTRE LA MONTRE

Au cœur de la prestigieuse institution, la course contre la montre est engagée. « Environs 2 500 personnes travaillent à l’Institut Pasteur, depuis le début du confinement, il y a en permanence 250 à 300 chercheurs sur le campus », explique le Pr Olivier Schwartz, à la tête du laboratoire Virus et Immunité, une équipe de 15 personnes, mobilisées jour et nuit. « Toutes les activités de l’institut ont été réorganisées pour prioriser le diagnostic et la recherche. »

Recherche fondamentale, en ce qui concerne la virologie, mais dont les applications interviennent, entre autres, dans la démarche expérimentale du service dirigé par le Pr. Tangy, en définissant le meilleur antigène pour le développement du vaccin. « Le rythme de travail est accéléré, les programmes sont bien plus courts que d’habitude », confirme ce dernier. Car pour mettre au point un vaccin, il faut cultiver un virus. Et le temps de maturation d’une souche n’est pas connu exactement, pouvant varier de 3 jours à 3 jours et demi.
 
COMME LE LAIT SUR LE FEU

« Habituellement, on peut se permettre de perdre une semaine parce qu’on a raté le moment exact de la récolte. Actuellement, il faut imaginer que nous le guettons comme on surveille du lait sur le feu. L’image est assez fidèle : une sorte croûte se forme à la surface, avec des petites bulles, et nous devons intervenir avant qu’elles n’éclatent. C’est le matériel biologique qui rythme notre travail. » Autant dire que les nuits sont courtes, pour l’équipe de Frédéric Tangy.

« Notre candidat-vaccin, notre prototype, en quelque sorte, est un virus de la rougeole atténué et recombiné. » Cette stratégie vaccinale a deux avantages, d’après le scientifique. En travaillant sur un virus bien connu, des résultats pourraient être obtenus plus rapidement qu’en partant de zéro. Et, surtout, une formule sûre. « Un vaccin, ça peut être dangereux », poursuit-il. « Si la réponse immunitaire est plus violente que l’infection elle-même, il est inutilisable. Or personne, dans la communauté scientifique, ne veut revivre le désastre qu’a rencontré Sanofi avec son vaccin contre la dengue. »

En 2017, après 20 ans consacrés au développement du Dengavaxia, celui-là est apparu comme pouvant être nocif chez les préadolescents. Résultat : 14 morts attribuées au vaccin aux Philippines, et 1 milliard d’euros d’investissements à perte.
 
ACCÉLERER

Le candidat-vaccin de l’Institut Pasteur devrait être prêt pour des essais cliniques sur l’homme en septembre, et une mise à disposition d’ici vingt mois. « Pour le vaccin contre le chikungunya, on est en essais cliniques de phase III depuis 2013. 7 ans… et c’est déjà rapide ! », assure le Pr. Tangy.

Quels leviers peuvent permettre d’accélérer le processus ? « Assez peu ce qui se passe en labo », estime-t-il. Et donc bien plus dans les étapes d’essais, de validation et de fabrication.

Il y a trois phases d’essais cliniques. Dans ce cas de figure, on peut imaginer sauter de la phase I, à la phase III. Car c’est la phase II qui est très longue (tests humains sur un petit nombre de volontaires, elle peut durer jusqu’à 7 ans), et surtout dépendante d’un grand nombre d’autorisations administratives. « Mais la phase III, de tests sur des centaines ou milliers de personnes, est incontournable. Ce sont les études pivots qui permettent justement de calculer le rapport bénéfices-risques. Imaginez que les Américains veulent même sauter la phase préclinique sur le modèle animal [la biotech Moderna a annoncé la phase I de son candidat-vaccin fin mars, effectivement sans être passée par les modèles animaux, n.d.l.r.]. C’est de la folie, surtout dans le cas de cas d’une pathologie inflammatoire comme le Covid-19 ! » Toujours le spectre de la réponse immunitaire incontrôlée…
 
RIGUEUR ET PRUDENCE

« La science, la recherche fondamentale, la recherche expérimentale, tout cela prend du temps », rappelle Olivier Schwartz. « Nous sommes capables d’accélérer nos méthodes. Par exemple au sein de mon équipe, nous avons fractionné les expériences et réparti les tâches. Au niveau de la communauté scientifique mondiale, l’information ouverte a été disponible plus rapidement que d’habitude, par des études publiées avant validation. Mais ce sont des résultats que les chercheurs présentent comme provisoires. Donc, méthodes accélérées, mais il faut garder la rigueur scientifique, et la prudence. »

Reste qu’au regard de l’histoire, l’épistémologie (la science de la connaissance) est en train de connaître un moment décisif. « C’est certain, nous ne ferons plus de la recherche tout à fait comme avant, après cette pandémie », confirme le Pr. Schwartz. On dit que de toute crise naissent des solutions… et peut-être un progrès !
 
 
REVUE DE MONDE
Une sélection signée Laura-Maï Gaveriaux 
 
* Sur le fil info de l'ONU, alerte sur l'impact probablement désastreux de la pandémie sur la santé des femmes
 
* Le Monde s'interesse à l'une des conséquences du confinement : "certaines personnes confient augmenter leur consommation d’alcool"
 
* "Toute guerre a ses profiteurs" : Les Échos se sont penchés sur l'arrivée des masques dans le circuit de vente au public
 
L'Express a intreviwé Sylvain Fort, ancien conseiller proche d'Emmanuel Macron, sur sa vision économique à moyen terme, pour la France en sortie de crise épidémique : "La France doit réapprendre la culture de la crise"
 
* Formidable enquête de Sylvain Louvet (Capa Presse) diffusée sur Arte, "Tous surveillés ,7 milliards de suspects"
 
 
contact@longcourrier.co.uk  www.longcourrier.co.uk
Facebook
Twitter
 
 
Soutenez Long Courrier ! 
Le bon journalisme accomplit sa mission lorsqu'il lève le voile sur des paroles, des sujets, des lieux que les narratifs idéologiques recouvrent. Alors, il alimente le pluralisme des points de vue, sans lequel il n'y a pas de démocratie possible.
Mais l'information de qualité a un coût, et ceux qui la produisent doivent être rémunérés pour leur travail.
En contribuant à notre financement, vous nous permettez de payer nos pigistes, et d'élargir notre couverture.
Que vous souhaitiez participer à hauteur de 5euros tous les mois, ou une fois de temps en temps, votre soutien nous est précieux !
 
Pour rejoindre la communauté des Amis de Long Courrier, suivez le lien :
https://www.patreon.com/longcourrier
 
 
 
© 2020 Long Courrier
 
 
This email was sent to drcatherinerolland@gmail.com
You received this email because you are registered with Long Courrier
 
 
SendinBlue